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Pêche des carnassiers à la mouche : perche, sandre, aspe... élargissez vos horizons !

Crédit photo David Gauduchon
Le brochet n’est pas le seul carnassier à succomber à un streamer. Son statut de vedette éclipse bien souvent d’autres espèces qui, à l’aide d’une approche et d’un matériel adaptés, ne déméritent pas, loin de là, que l’on s’y intéresse. Lançons-nous dans un petit tour d’horizon dans le but de varier les plaisirs.

Depuis une dizaine d’années, la traque du brochet est une pratique qui n’a cessé d’évoluer, de se populariser, réduisant la frontière entre les pêches au lancer et celles dites « à la mouche ». On ne peut que s’en féliciter, tant notre poisson de sport fétiche réagit parfaitement aux vibrations, parfois les plus infimes, d’un assemblage de plumes et de poils en un certain ordre assemblé. Mais de là à se cantonner à sa seule recherche, c’est passer à côté d’opportunités et d’émotions nouvelles. Nos cours d’eau et étangs abritent d’autres espèces qui sont à même de s’intéresser à une imitation de proie potentielle, pourvu qu’elle soit habilement présentée. La perche, par exemple, mais encore le sandre, l’aspe, le black-bass, le silure, voire quelques cyprinidés omnivores tels que le chevesne ou le rotengle sont à même de se laisser séduire par une mouche dans son acception la plus large. Pour paraphraser le célèbre pêcheur américain, feu Billy Pate : « Tout ce qui nage est susceptible de prendre la mouche… » À condition d’adapter notre approche et, si nécessaire, notre matériel, il est donc tout à fait possible d’élargir ses horizons au bord de l’eau pour peu que l’on soit un tantinet piqué de curiosité.

Le brochet reste l’espèce préférée mais lorsqu’il boude, pourquoi ne pas tenter autre chose?
Crédit photo : David Gauduchon

Les limites de la spécialisation

Je me suis personnellement longtemps concentré sur la seule recherche du brochet. Un axe vers la spécialisation qui a certes porté ses fruits mais qui, avec le recul, ne m’a pas épargné bien des situations d’échecs ! Aucune technique n’est la panacée dans ces périodes difficiles où l’activité alimentaire est à son plus faible niveau, où le métabolisme du brochet est tout simplement sur « off » quelles qu’en soient les raisons. Par ailleurs, la « mouche » n’est pas toujours le leurre le plus opérant, n’offrant pas les stimuli sensoriels appropriés. Il faut savoir le reconnaître et l’accepter, aussi passionné soit-on ! Avec le recul, plutôt que de prendre des capots à répétition en me concentrant sur une seule espèce (eh oui cela arrive !), j’ai préféré « lâcher prise », me tourner vers des espèces plus disponibles en attendant que les brochets ne cessent de procrastiner. S’adapter aux situations rencontrées mais aussi à la saisonnalité est un gage de réussite.

Avec son matériel classique, en l’adaptant néanmoins, on peut passer d’une espèce à une autre
Crédit photo : David Gauduchon

Dépasser les idées reçues

Si l’héritage culturel joue plus ou moins consciemment – « de la truite au brochet bon d’accord, mais le chevesne, vous n’y pensez pas ! » – l’un des principaux freins au changement est souvent d’ordre matériel : « Oui mais j’ai investi pour la pêche du brochet, ma canne est trop ou pas assez puissante et puis, je n’ai pas la bonne soie… » Éludons tout de suite ce faux problème. Hormis pour le silure, une canne de puissance 9 permet de s’intéresser à toutes les espèces rencontrées dans nos eaux. Qui peut le plus peut le moins, serais-je tenté d’avancer. Dans un second temps, il sera toujours possible d’opter pour une seconde canne, plus légère (soie de 6 ou 7 par exemple), dans un but de maximiser les sensations. Un jeu de trois soies – flottante, intermédiaire, plongeante, voire 4 avec une ultra-plongeante – permet de faire face à tout type de présentation à condition, bien entendu, d’adapter le diamètre de son bas de ligne à l’espèce convoitée.

Une belle perche victime d’un streamer coloré.
Crédit photo : David Gauduchon

La perche

C’est la perche qui me vient en premier à l’esprit. Loin de représenter un pis-aller, sa beauté s’offre dans la plupart des milieux rencontrés, en rivière comme en eaux closes. Il n’est pas rare de prendre une belle zébrée « accidentellement » en recherchant le brochet. Une perche de plus de 40 cm, dorsale dressée, offre un combat de qualité qu’il convient de mener en douceur. C’est d’ailleurs avec une canne à mouche, dans les eaux françaises, que j’ai capturé ma plus belle zébrée, 53 cm, sur un streamer articulé de 20 cm. Et je ne compte plus les perches de 45 cm qui ont succombé à de grands streamers présentés sur un fluoro de 70/100. À méditer, non ? La faute à pas de chance, me rétorquerez-vous… C’est un fait, les grosses proies ne font pas peur aux « mamas ». Son caractère grégaire est un plus. La perche chasse en banc, souvent composé d’individus de même taille. Je me souviens ainsi d’une sortie en Seine, fin juin, où des zébrées calibrées entre 30 et 35 cm acculaient bruyamment les ablettes dans les herbiers. Une pointe en 25/100 et un petit popper me permirent de tirer mon épingle du jeu de façon très ludique alors que le brochet était aux abonnés absents. Après plusieurs captures, la chasse perdit en intensité jusqu’à cesser après un bon quart d’heure d’activité. Je passais alors en soie plongeante (d’où l’intérêt d’utiliser un moulinet à changement rapide de bobines) en optant pour une imitation d’ablette d’une dizaine de centimètres. Quelques touches entre deux eaux survinrent. C’est en faisant évoluer mon streamer près du fond que je pris les plus belles d’entre elles puis, surprise, un brochet de 80 cm, probablement alerté par le raffut, eut l’élégance de ne pas couper mon 25/100. Ce cas de figure, parmi d’autres, ne démontre-t-il pas qu’il faut rester en éveil, opportuniste à souhait au cours d’une même sortie ? Il m’arrive cependant de rechercher spécifiquement la perche à la mouche. J’opte alors pour un ensemble plus léger, une 9’#6 afin de décupler le plaisir durant le combat. Au cœur de l’été, je recherche les eaux oxygénées (aval de seuil, rupture de courant), les zones d’herbiers et les hauts-fonds où les perches aiment venir taper dans les alevins de l’année. Plus que l’imitation à proprement parler, c’est alors bien la taille du streamer qu’il convient de privilégier. Un hameçon fin de fer en taille 4 ou 6 fait parfaitement l’affaire. Le choix du coloris peut être décisif. Le combo Marlboro (tête rouge, corps blanc avec du tinsel) est une valeur sûre. Pour des pêches de prospection, j’allie souvent un petit teaser de coloris perle afin de signifier un alevin qui, monté en potence, précède une imitation de perchette. Principe de la gambe, jadis en vogue, ce type de montage se montre tout aussi efficace dans les chasses, concurrence alimentaire oblige.

Un sandre pris sur un mega bobbie
Crédit photo : David Gauduchon

Le sandre

Le cas du sandre est tout aussi passionnant, bien que son comportement soit plus énigmatique. Il offre à ce titre un véritable challenge d’autant plus gratifiant qu’il est loin d’être insurmontable. La connaissance de ses mœurs sur un secteur donné est un atout pour réussir. Sa localisation reste la clé du succès. Il va sans dire que nous n’irons pas le rechercher à 8 m d’eau. Même si une soie de densité S7 permet d’atteindre de telles profondeurs, ce type d’approche serait pour le moins soporifique. On sort là clairement du champ de la pêche à la mouche. On le recherchera, en priorité, sur des postes situés entre 1 et 3 m de profondeur, en privilégiant les bordures, les hauts-fonds et les épis rocheux léchés par un courant régulier, là où notre percidé lucifuge aime venir chasser tôt le matin ou le soir jusqu’à la tombée de la nuit. Il est cependant possible de le rencontrer actif en pleine journée, notamment après la période du frai et à l’automne sur des rassemblements d’alevins. L’hiver, quand la rivière est en crue, on le recherchera très près du bord. Dans ce cas, j’opte pour une soie intermédiaire et une mouche plombée, de type clouser minnow. Outre sa nage façon jig, l’hameçon positionné vers le haut évite bien des accrochages. Par eaux teintées, le jaune et le vert chartreuse sont les coloris à privilégier, le noir en pleine journée donne aussi des résultats intéressants, notamment par temps couvert. L’adjonction d’un wiggle tail constitue aussi un plus indéniable en reprenant le principe d’une virgule en queue, source de vibrations complémentaires. Un hameçon de taille 2/0 offre un bon compromis. Lorsque le sandre se montre chipoteur, un double armement s’avère nécessaire. Un hameçon « traînard » (taille 4) relié à un brin de titane est gage d’une plus grande efficacité au ferrage. Voici une autre présentation intéressante : l’utilisation d’une soie plongeante qui permet d’animer, près du fond, un streamer flottant relié à un bas de ligne court (entre 50 cm et 1 m maximum). Le principe de la pêche aux boobies, bien connu des pêcheurs en réservoir, permet ainsi d’insister au plus près des structures sur les postes présumés. En tricotant ou par tirées saccadées, le streamer descend à la traction et remonte au relâcher, une animation dent de scie dont on sait qu’elle ne laisse pas le sandre insensible.

L’aspe, un nouveau partenaire de jeu, agréable à pêcher à la mouche.
Crédit photo : David Gauduchon

L'aspe

L'aire de répartition de l’aspe (Leuciscus aspius) n’a de cesse de s’élargir. D’est en ouest du territoire, sa présence est signalisée dans de nombreux fleuves et rivières. De la famille des cyprinidés, il n’en est pas moins un adversaire de choix pour qui souhaite l’intercepter à la mouche, d’autant qu’il occupe le plus souvent la couche d’eau superficielle, à la recherche des bancs d’ablettes qu’il poursuit inlassablement. Sa présence se manifeste soit par des remous plus ou moins sonores, soit par des chasses spectaculaires quand il se livre en meute à de véritables razzias de blanchailles. La difficulté, avec cet insatiable prédateur, n’est pas tant de le localiser que de réussir à l’intercepter. Toujours en déplacement, il n’en est pas moins rapide. Lancer au point d’impact de la chasse, c’est souvent trop tard. Pour réussir à l’intercepter, il convient donc d’anticiper son axe de déplacement, en décalant son lancer de 10 m à gauche ou à droite. Taux de réussite : 50 % dans les bons jours ! La rapidité d’action est de mise. L’idéal étant d’évoluer en bateau, propulsé par un moteur électrique, car l’aspe sait aussi se montrer méfiant. La soie doit être déroulée au préalable dans un panier de lancer afin de pouvoir atteindre des distances de lancer comprises entre 15 et 25 mètres, en deux double tractions. Lorsque sa pêche à vue est possible dans des eaux claires, en Loire par exemple durant la période estivale, le jeu de l’anticipation devient plus facile. Une fois repéré notre poisson, qui se déplace souvent avec deux ou trois congénères, il faut couper sa trajectoire en prenant soin de lancer quelques mètres devant lui afin que la soie ne le couvre pas. S’il ne change pas subitement de direction, tous les espoirs sont permis. Soit l’aspe se jette sur le streamer à la vitesse de l’éclair, soit il détecte une anomalie, ou la vitesse d’animation n’est pas assez rapide et il passe son chemin. Dans le premier scénario, la touche est fulgurante, tout comme le rush qui s’ensuit, tant ce poisson est taillé comme une Formule 1. Canne haute, le combat peut commencer. Il y a de fortes chances pour qu’il soit agrémenté de quelques sauts qu’il conviendra d’accompagner en baissant la canne, au risque de le voir se décrocher. Une soie flottante n° 8 ou 9, prolongée par un bas de ligne de 2,50 m, avec une solide pointe en 30/100, permettra de couvrir la majeure partie des situations rencontrées. Côté streamer, une imitation plus ou moins réaliste d’ablette comprise entre 10 et 15 cm, montée sur un hameçon de taille 2/0 à 2, fera parfaitement le job. Un coloris blanc avec des reflets argentés offre une base sûre. L’aspe est aussi réceptif aux animations de surface. Il faut par conséquent toujours avoir dans sa boîte de petits poppers, même si certains jours, c’est un slider qui saura faire la différence. L’aspe est véritablement un poisson de sport qui comblera le moucheur sportif en manque d’adrénaline.

Avec ses deux cannes, ce pêcheur est susceptible de s’adapter à de multiples situations.
Crédit photo : David Gauduchon

Le chevesne

Même s’il ne répond pas à l’étiquette d’une espèce « noble », le chevesne est un partenaire de jeu à ne pas négliger. Largement représenté dans nos cours d’eau de première et seconde catégories, on s’attardera sur les plus beaux spécimens, souvent solitaires. À la belle saison, on les rencontre communément sur les bordures à l’ombre des frondaisons, ou au contraire en train de se dorer la pilule en pleine eau. Bref, c’est bien cette dimension de pêche à vue qui confère à ce « cabot » tout son piment, bien plus malin qu’on ne pourrait le croire. Car vu n’est pas pris, loin de là ! Il conviendra d’être discret dans son approche autant que dans la qualité de son poser. Un bon gros chevesne succombera à un petit streamer de 3 à 5 cm monté sur 20/100, présenté dans une veine d’eau régulière. Au creux de l’été, il ne faudra pas délaisser les imitations de terrestres présentées en surface à l’aide d’une canne de puissance 6, voire 5 ou 4 pour ceux qui souhaitent se retrouver au backing.

Le black-bass, un poisson de sport remarquable
Crédit photo : David Gauduchon

Le black-bass

Est-il encore nécessaire de présenter le black-bass, poisson de sport au statut de star ! Son seul défaut : ne pas être présent sur tout le territoire, même si on le rencontre de plus en plus communément au nord de la Loire, notamment dans des étangs où il est introduit. Le réchauffement climatique semble lui réussir. Bien nous en fait, car voilà un adversaire qui se prête particulièrement bien à la pêche à la mouche à travers un large spectre d’approches et de techniques. Les monteurs se régaleront à l’étau tant son régime alimentaire est varié au fil des saisons. Un large assortiment de streamers, de l’imitation de poissonnet à celle de l’écrevisse en passant par la sangsue ou la grenouille, sans oublier un large panel d’insectes terrestres, tout fait ventre chez cette « grande bouche » qui sait se montrer espiègle comme nul autre. Ce Centrarchidae affectionne particulièrement les postes encombrés. Une canne de puissance 8 à 9 permettra de l’extraire en force après lui avoir présenté un popper avec précision. Un hameçon simple à large courbure évitera sensiblement les décrochages dont il est coutumier au gré de ses cabrioles en surface.

A fortiori quand on ne pêche qu’avec une canne, il est bon de pouvoir s’adapter rapidement aux conditions de pêche rencontrées. Le bas de ligne se doit d’être interchangeable facilement, tout du moins sa partie inférieure que l’on souhaite changer de diamètre, ou opter pour un fluoro, voire un avançon. Si pour l’assemblage des deux brins supérieurs dégressifs, je réalise un nœud de type albright renforcé, j’opte pour un système boucle dans boucle (réalisé sur la base de deux boucles dites « parfaites ») afin de pouvoir modifier la configuration du brin terminal. Pour un bas de ligne carnassier « passepartout » j’opte pour la formule suivante : 100 cm de 55/100, nœud albright, 80 cm de 35/100, boucle dans boucle, 70 à 80 cm de pointe.
Crédit photo : David Gauduchon

Un nouveau défi : le silure

Ce grand prédateur qui souffre encore du délit de « sale gueule » pour certains, n’en intéresse pas moins une poignée de spécialistes qui, aujourd’hui, canne à mouche en main, saluent ses grandes qualités sportives, à l’instar de Jean-Charles Maurs. De la fin du printemps jusqu’au début de l’été puis à l’automne, la traque du silure prend la dimension d’une pêche de bordure, parfois à vue. On entre là dans une autre dimension, XXL, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir dans un prochain article. Si de petits spécimens peuvent être combattus sur une canne de puissance 10 (jusqu’à 150 cm environ) il faut ensuite envisager une soie de 12 équipée d’une poignée de combat pour brider un golgoth. Une nouvelle voie s’ouvre pour les amateurs de sensations fortes. Affaire à suivre !

Quelques modèles qui ont fait leurs preuves

Pour la perche

Pour l'aspe

Pour le chevesne

Pour le sandre

Pour le black-bass

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