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Un lieu unique en France : la pisciculture à brochets du Val Joly

La fédération de pêche du Nord a la particularité d’élever exclusivement des brochets dans sa pisciculture fédérale, sur le site du Val Joly. La plupart de ceux qu’on pêche dans le département sont nés dans ce lieu unique en France. Visite guidée de cette nurserie vraiment étonnante.

Julien Bruyère est un peu le papa de tous les brochets pêchés dans les rivières, canaux et étangs du département. Technicien supérieur au sein de la fédération de pêche du Nord, il s’occupe depuis 20 ans de la pisciculture fédérale, ou plus précisément de l’ésociculture puisqu’on y produit quasi-exclusivement des brochetons : « Quand un pêcheur prend un brochet, c’est vrai que j’ai la fierté de me dire que mon travail a servi à quelque chose », sourit l’homme de 49 ans.

Les géniteurs sont récupérés lors de pêche d’étang au filet, dont celui du Pont de Sains. C’est le personnel de la fédération qui gère ces opérations. 
Crédit photo : Fédération de pêche du Nord

Un travail minutieux

À quelques mètres du lac du Val Joly, collé au ruisseau du Vivier Foulon, le bâtiment atypique et tout en longueur abrite un drôle de manège. En février, avec l’aide du personnel de la fédération, ils sont une vingtaine pour cette opération, Julien Bruyère pêche au filet l’étang du Pont de Sains. Il sépare les géniteurs : une cinquantaine de femelles et une cinquantaine de mâles sont placés dans deux étangs. Début mars, c’est la reproduction assistéeau sein de l’ésociculture: il faut prélever les ovocytes et le sperme. « C’est différent de ce qu’on a l’ habitude de voir pour les truites, c’est plus délicat, précise Julien. On suit les températures, on s’adapte à la nature. Cette année, la reproduction a trois semaines d’avance car on n’a pas eu de coup de froid. »

Bouteilles de zoug

Tout est ensuite mélangé, et les œufs fécondés vont rejoindre des récipients un peu particuliers, les bouteilles de Zoug alignées le long d’un mur. Chaque femelle a sa bouteille : « Ça sort de l’ordinaire mais c’est couramment utilisé pour la reproduction du brochet ou de la carpe. Ce sont des grandes bouteilles en verre, à l’envers, l’eau arrive par le fond et repart en haut, les œufs sont ainsi brassés et ne collent pas entre eux. Ça marche en circuit fermé. Les œufs grossissent, on fait un petit réglage par jour. Le cycle est très rapide, l’incubation ne dure que 9 jours. »

Les œufs sont délicatement prélevés par Julien avant de rendre leur liberté à ces brochets. Il en va de même pour les mâles pour réaliser cette reproduction assistée.
Crédit photo : Fédération de pêche du Nord

Vésicules résorbées et fingerlings

Les œufs sont ensuite transférés dans des clayettes, des grands bacs, les éclosions peuvent commencer. Les alevins passent au stade de vésicules résorbées en 12jours. Les voilà qui nagent et qui sont prêts à être relâchés. Ils vont commencer à se nourrir de zooplancton, de petits animaux vivants, contrairement aux truites par exemple qui vont être nourries de granulés ! Une petite partie va être relâchée sur des sites spécifiques, avec des conditions optimales, la majorité va rejoindre les bassins de grossissement. En mai, les brochetons sont passés au stade de fingerlings (de la taille d’un doigt, 5 à 7 cm). En 2023, environ 636 000 œufs avaient été récupérés, ils ont donné 572 000 vésicules résorbées, 450 000 ont rejoint les bassins, et Julien a récupéré quelque 45 000 fingerlings (mortalité naturelle, prédation…). À ce stade, les alevins sont déjà autonomes et s’acclimatent bien aux différentes conditions pour être relâchés. « On n’a pas d’objectif de production, précise Julien. Mais je fais le maximum, c’est une passion. Les alevins sont ensuite distribués gratuitement aux AAPPMA, on ne fait pas de vente, c’est un outil des pêcheurs pour les pêcheurs. » Ils partiront de l’ésociculture dans des grands sacs plastiques bien oxygénés.

Une politique de repeuplement

Il y 83 AAPPMA sur le département du Nord, une soixantaine ont des lots de pêche en deuxième catégorie. Elles ont fait des demandes en amont. Sans cet alevinage, les brochets pourraient disparaître. « Notre département est constitué en majorité de rivières canalisées, abonde Emmanuel Petit, directeur de la fédération du Nord depuis 2008. Les niveaux ne varient quasiment pas, ou alors sur des délais très courts, trop courts. Il y a une disparition de la dynamique fluviale, des crues. Or le brochet a besoin des zones humides ou annexes pour se reproduire. Le canal avec son chemin de halage et de contre halage est géré par VNF, avec peu d’emprises, c’est très compliqué de créer des frayères. »

Les alevins de brochet à vésicule résorbée sont stockés quelques jours dans de grands bacs avant d’être transférés dans des bassins de grossissement en pleine nature.
Crédit photo : Fédération de pêche du Nord

Travaux de réhabilitation

Il y a quelques années, lors d’une grande étude sur le département, la fédération avait identifié 170 ha de frayères potentielles. Mais seulement 3% de la surface était fonctionnelle… Malgré tout, des frayères sont aussi restaurées comme celle de la Fontaine-Notre-Dame, en bordure du canal de Saint-Quentin (montant des travaux : 54 285 euros, financés par l’Agence de l’eau et la Région). La fédération appuie aussi sur d’autres leviers : en 2023, elle a instauré une fenêtre de capture (60-80 cm), des zones de no-kill montrent toute leur efficacité depuis 2019, et surtout, le quota journalier est passé à un seul carnassier. En plus de cela, les pêcheurs sont appelés à remonter leurs observations via le programme « Fish Protect » qui permet de mesurer, entre autres, l’effort de pêche via des pêcheurs volontaires ou des concours carnassiers spécifiques. Les brochets du département du Nord sont finalement entre de bonnes mains !

Fish Protect, les pêcheurs sentinelles

La fédération a choisi de s’appuyer sur des pêcheurs volontaires à travers le programme Fish Protect, lancé en 2020. Rassemblés dans un groupe Facebook privé, un peu plus de 250 pêcheurs sentinelles pratiquant le no-kill répondent à un petit questionnaire sur leurs prises et leurs observations après chaque sortie. Ils doivent aussi participer à deux réunions annuelles pour débattre de résultats et trouver des solutions à certaines problématiques. L’objectif est de mesurer, à long terme, l’efficacité du no-kill, notamment sur les canaux.

 

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